De nouvelles photos du débat de mercredi 12 avril 2006 sont en ligne
Pour illustrer et compléter le discours d'introduction, quelques photos de la soirée (lien "Albums Photos" en bas à droite de cette page).
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.
Pour illustrer et compléter le discours d'introduction, quelques photos de la soirée (lien "Albums Photos" en bas à droite de cette page).
A l’occasion du meeting de Marie-George Buffet à Varennes-Vauzelles le 31/03/2006.
Je viens ici ce soir en tant que porte-parole du "Collectif nivernais contre l'expulsion d'enfants et d'adolescents scolarisés" ; ce collectif est constitué de 27 associations, syndicats ou partis politiques et nous avons recueilli, en moins de 3 mois, plusieurs centaines de signatures : nous avons même passé les 9oo signatures, à ce jour.
Je vais vous raconter en deux mots, comment, un jour d'octobre 2004, ma collègue, Laurence Miodini et moi-même, nous avons eu la sensation de recevoir une douche froide :
Une maman d'élèves est venue nous montrer une convocation du commissariat : elle devait s'y présenter avec ses trois enfants . Nous ignorions qu'elle et ses enfants devaient être expulsés du territoire français : c‘est à ce moment là que nous l‘avons découvert. Elle est en France depuis plus de 10 ans et ses 3 enfants sont nés ici.
Nous avions, bien sûr, entendu parler d'expulsion, de charter etc. mais ça nous paraissait si loin et puis, qu'est-ce qu'on peut bien y faire ?
Eh bien, justement, ça se déroulait, dans le pays des Droits de l’Homme, sous nos yeux . Nous n’avons pas voulu adopter la politique de l’autruche, nous ne voulions pas être complices de cette infamie, quitte à cacher ses enfants et à tout tenter pour protéger cette famille ;
Il y eut des moments d’angoisse , les démarches sont complexes et nous avons été réellement soulagées de ne pas être seules dans cette lutte.
La personne dont je vous parle était aidée par un avocat bénévole et les membres du M.R.A.P. (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples)
Il est important de préciser que l'avocat était bénévole parce qu’il faut savoir que certaines familles se privent de nourriture et revendent leurs tickets d'alimentation pour pouvoir payer les avocats et les traductions des témoignages.
Les Réseaux d'Education Sans Frontière, la mobilisation de lycéens, de parents, de quartiers entiers (comme à Decize par exemple) ont réussi à obtenir de Mr Sarkozy la chose suivante : par une circulaire du 31 octobre, celui-ci demande à tous les préfets de suspendre les expulsions d'élèves jusqu'au 30 juin 2006.
Nous en sommes là :
L'objectif de notre Collectif est double :
1° Aider les enfants ou les jeunes expulsables qui sont , par définition, dans une situation épouvantable à tous les instants, avec cette angoisse de l'interpellation par la police, la peur du centre de rétention avant d'être baillonnés et scotchés sur un siège d'avion pour un retour vers l'horreur.
2° Nous voulons dire haut et fort que nous refusons d'être complices, par notre silence, des décisions du gouvernement : il y a, dans la Nièvre comme ailleurs en France, des élèves que rien ne distingue de leurs camarades. Leur vie est compromise par le refus des autorités d'accorder un titre de séjour à leur famille ; ces familles, dans tous les cas, ont fui la misère, la guerre ou la dictature au péril de leur vie . Elles ont subi des violences ou des discriminations graves dans leur propre pays.
Depuis cette circulaire d'octobre, qui stipule que les enfants achèvent leur année scolaire, certains préfets, dont celui de la Nièvre , ne tiennent pas compte de la suspension temporaire et continuent les expulsions. Ils respectent ainsi, avec beaucoup de zèle, les quotas fixés par le Ministre de l’Intérieur, en matière de reconduite à la frontière … pour être un bon préfet.
De toutes manières, il y a une hypocrisie totale à reconnaître aux enfants le droit de terminer l'année scolaire et dans le même temps à n'accorder aucun titre de séjour ,fut-il provisoire, aux parents de ces mêmes enfants ; ils ne peuvent donc pas travailler et mener une vie décente.
Nous appelons tous les citoyens que révolte cette politique du gouvernement à prendre leurs responsabilités, chaque fois qu'il le faudra pour le respect des droits fondamentaux de la personne humaine ;
La circulaire de Sarkozy est un sursis . Je vous laisse imaginer la disponibilité pour l'école qu'a l'enfant, ou le jeune, qui prépare son examen, avec l' épée de Damoclès qu'est le charter, au-dessus de sa tête !
On peut se demander pourquoi des expulsions qui étaient inhumaines au mois d'octobre 2005 seraient plus tolérables en juin 2006 ?
Nous revendiquons, dans la Nièvre, comme dans d’autres départements qui se sont mobilisés, nous revendiquons la régularisation pure et simple des jeunes et de leurs familles ; ils ne sont pas aussi nombreux qu'on veut bien nous le laisser croire et ne remettent pas en cause l’économie nationale.
Nous dénonçons les pratiques des préfectures, nous dénonçons l'arrestation de familles à la sortie de l'école , nous refusons que les enfants soient expulsés parce que cette politique est inhumaine.
Cette pratique est contraire à la Convention Internationale des Droits des Enfants que la France a pourtant signée.
Avant de vous remercier pour votre écoute, j’aimerais vous dire une dernière chose
Si, comme nous, vous êtes émus et révoltés face à la détresse de ces enfants, qui ne doivent être expulsés, ni maintenant, ni plus tard, vous pourrez signer, si ça ne l’est pas déjà fait, l « Appel à mobilisation » qui est à votre disposition dans le hall. Nous allons peut-être atteindre les 1000 signatures pour la Nièvre, ce soir ! Il est possible de faire reculer le gouvernement sur la question du renvoi des enfants comme sur d’autres plans !
Nous vous invitons à venir assister, nombreux, à une conférence-débat qui se tiendra le 12 avril à 18h30, à Nevers, à la Maison des Montôts. Au cours de cette conférence, un point sera fait, par un juriste, sur la nouvelle loi sur l’immigration, de même qu’un membre d’R.E.S.F. (Réseau d’Education Sans Frontière) répondra à vos questions.
Encore merci et bonsoir.
P.Bertin
« Ma maman pleure tous les jours. Un monsieur a écrit qu’on ne pouvait pas rester. »
Voilà ce qu'a dit un matin de novembre une fillette de 4 ans à sa maîtresse de l'école Guynemer à Nevers, tout près de chez nous donc. La maman de la petite Joselina venait de recevoir un arrêté de reconduite à la frontière.
Après ce qui s'était déjà passé à Decize, à l'école de la Rotonde, après avoir entendu parler de l'affaire Makombo dans l'Yonne, c'en était trop pour un certain nombre d'entre nous
Un échange de courriels, des coups de téléphones et la décision d'organiser une réunion, en activant nos réseaux était prise.
Le 6 décembre à la maison des Eduens, une douzaine de personnes représentant des associations, des syndicats, des partis politiques, et bien sûr des enseignants des écoles Guynemer et La Rotonde se retrouvaient et décidaient d'agir. Le collectif nivernais contre l'expulsion des enfants et adolescents scolarisés était né.
Une de nos premières actions a été de rédiger un texte à partir duquel nous pourrions mobiliser la population. Celui-ci a été très largement diffusé, médiatiser et plus de 1500 personnes l'ont désormais signé. 1500 personnes qui montrent ainsi leur révolte et leur volonté de ne pas voir cette situation perdurer.
Mais quelle situation au fait ?
Le non respect des droits élémentaires, de l’enfant et de l’être.
Car être menacé d’un arrêté de reconduite à la frontière :
C’est vivre, au jour le jour, dans l’angoisse d’une interpellation par la police.
C’est vivre le combat quotidien des démarches auprès d’une administration qui ne prend même plus la peine de lire les dossiers, qui vous fait comprendre que vous êtes indésirable en multipliant les obstacles, qui met en doute continuellement votre histoire que vous avez tant de peine à raconter parce qu’elle est douloureuse et que souvent vous ne parlez pas encore bien la langue française.
C’est la hantise du camp de rétention, d’un retour forcé dans un pays que vous avez fui dans des conditions douloureuses pour échapper à la guerre, la dictature, la discrimination raciale, et les conditions de misère qui en découlent. Ou parce qu’étant enfant orphelin, vous avez voulu rejoindre un oncle, une cousine qui acceptaient de vous accueillir. Et donc retour forcé dans un pays que parfois vous connaissez souvent à peine, l’ayant quitté à 1 ou 2 ans ou que vous ne connaissez pas du tout.
Nous estimons, nous, que la liberté, la générosité, la solidarité sont des valeurs à défendre et à placer plus haut que les ambitions présidentielles et les propos démagogiques de quelques uns.
Et comment enseigner ces valeurs à nos enfants, nos élèves quand notre gouvernement les bafoue ?
Comment un représentant du gouvernement peut-il dire : nous avons conscience de l’angoisse de ces familles, le respect des droits humains sont notre préoccupation et aussitôt après : « il est du devoir de cette mère ou de ce père de préparer son retour avec sérénité afin que leurs enfants le vivent le mieux possible » ; sachant pertinemment que dans le pays de destination sévissent encore la guerre ou la répression, des épidémies, etc. La préoccupation de l’administration préfectorale : faire du chiffre, remplir les quotas fixés par le ministère.
Les enfants ont des droits : ceux de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant que la France a signés et ratifiés. Je vous invite à en lire quelques extraits sur les murs de la salle. Alors comment M.Sarkozy peut-il qualifier de généreuse et humanitaire sa circulaire demandant aux préfets de suspendre les expulsions d'élèves jusqu'au 30 juin 2006 ?
Jusqu'au 30 juin 2006 seulement. Est-ce plus tolérable parce que cela se passera sous le soleil de l’été ?
Avec cette réunion où nous sommes heureux de vous voir aussi nombreux, nous voulons faire partager par le plus grand nombre notre combat afin que vous aussi puissiez le relayer.
Les élus peuvent avoir aussi un rôle important dans ce combat, Ceux qui représentent notre communauté doivent faire vivre nos valeurs républicaines ; c’est ainsi que nous avons sollicité toutes les municipalités de la Nièvre. Pour l’instant nous avons reçu la délibération de Varennes-Vauzelles qui apporte soutien à nos initiatives ; l’ensemble des membres du conseil municipal de Garchizy a signé l’appel tout comme des députés, sénateur, des conseillers généraux et des conseillers régionaux. Nous continuerons et vous engageons à le faire, à interpeller vos maires pour qu’ils interviennent dans ce débat.
D’autant plus qu’ils peuvent être un appui important dans le soutien de cas individuel.
Aider et soutenir individuellement les enfants et adolescents sans-papiers est un volet important de l’activité du collectif.
Même si beaucoup d’associations interviennent déjà auprès des populations immigrées nous avons eu conscience qu’il fallait mettre en place un réseau de vigilance plus proche des établissements scolaires, capable de tendre la main à ces jeunes. Jeunes qui ne se font connaître spontanément que rarement. Rarement pour d’évidentes raisons de sécurité et de prudence mais aussi par honte, injustifiée mais bien réelle, car ce sont eux qui sont désignés à la vindicte, eux que les policiers traquent.
C’est comme cela que des groupes se sont constitués autour d’élèves de différents établissements scolaires de la Nièvre etc.
Des membres du collectif, par ailleurs engagés dans des associations qui oeuvrent depuis longtemps auprès des demandeurs d’asile, apportent leurs compétences et leur soutien à l’équipe éducative qui se mobilise autour d’un élève, compétences sans lesquelles rien ne pourraient se faire.
Car il en faut des compétences pour affronter le maquis des circulaires du ministère de l’intérieur et les services de la préfecture.